Chroniques

par françois cavaillès

Concerto pour clarinette K. 622 de Mozart par Claudio Mansutti
Concerto pour piano Op.73 n°5 de Beethoven par David Aladashvili

Giancarlo De Lorenzo dirige l’Orchestre du Festival de Batoumi
Batumi Black Sea Music A’d Art Festival / Théâtre Tchavtchavadzé, Batoumi
- 3 septembre 2019
Le jeune David Aladashvili joue le 5ème Concerto de Beethoven à Batoumi
© batumi black sea music a’d art festival

Alors que ce concert du Batumi Black Sea Music A’d Art Festival affiche deux monstres sacrés de la musique classique occidentale, lançons un avis de recherche pour retrouver le plus célèbre compositeur géorgien. Selon les spécialistes – Irène Assatiani et Michel Malherbe, entre autres –, la réponse est Zakaria Paliachvili (1871-1933), originaire de Koutaïssi et grand connaisseur du folklore régional, formé à l’international et « plaçant la musique géorgienne parmi les meilleures du monde ». S’il fallait lui adjoindre un autre géant du Caucase, de la même période et auteur, lui aussi, de l’hymne national de son pays ainsi que des principaux opéras répertoriés, le nom de l’illustre Azerbaïdjanais Üzeyir Hadjibeyov (1885-1948) circulerait bien vite dans la conversation. Mesurer à leur aune Mozart et Beethoven paraît tout indiqué dans le cadre de ce festival placé sous le haut patronage de l’UNESCO, à fin de tolérance positive et de défense de la diversité culturelle. Lors de la chaude réception de chefs-d’œuvre venus d’ailleurs, la sincérité dans les clameurs du public laisse bien entendre la musique comme langage universel – le génie artistique n’a guère besoin de traduction.

En premier lieu survient la courte Ouverture d’Egmont Op.83, musique de scène écrite par Beethoven (1809-1810) pour le drame éponyme de Goethe (1788). Dans ce condensé d’actions, l’Orchestre du Festival de Batoumi et son chef invité Giancarlo De Lorenzo brillent de mille feux pour introduire l’histoire, si haute en couleurs, du guerrier flamand. Nerveux à souhait pour le Sostenuto ma non troppo liminaire, sensible et délicat pour livrer le thème amoureux suivant, la formation géorgien se surpasse dans l’héroïque Allegro conclusif, dans une surprenante bourrasque, aussi vive que maîtrisée.

Aux premières couleurs, idéales, de l’orchestre, à l’heureuse entrée de la clarinette, d’abord discrète et chantonnant bientôt avant de rayonner de gloire et d’exercer sa fascination face à la mort et le droit de grâce propre à l’humain, nous reconnaissons le merveilleux Concerto pour clarinette en la majeur K. 622 de Mozart (1791), nouveau sommet du festival grâce à Claudio Mansutti, l’habile soliste invité. Joués en terre orientale, le bouleversant Adagio met au plus clair l’impermanence des choses et le Rondo allegro final exprime avec optimisme l’immense pouvoir de bonté et de compassion qu’on peut trouver dans la musique, sans chercher la vie heureuse plus loin que dans le ramage d’un pinson au matin.

Enfin, l’ultime plaisir musical consiste à savourer le jeu de David Aladashvili, doté d’une agilité confondante et d’un magnifique effacement, dans le Concerto pour piano en mi bémol majeur Op.73 n°5 de Beethoven (1809). À travers les nombreuses alternances de l’Allegro initial l’on parvient au grand apaisement mélodieux de l’Adagio un poco mosso, empli de superbe langueur. Au dernier mouvement, le Rondo musclé et la coda impériale referment ce cortège dansant, sous les applaudissements du public transporté de joie sur ces chemins romantiques.

À la veille de quitter ces rivages amicaux [lire nos chroniques de la veille et de l’avant-veille], il convient de saluer l’affluence de plus en plus nombreuse en salle et l’espoir porteur fondé en les grands interprètes de demain, vaillants enfants de Géorgie réunis le mercredi après-midi autour d’Elisso Bolkvadze, la directrice artistique [lire notre entretien], pour une audition d’un niveau impressionnant. Avec tant de vitalité et de dynamisme, ce pays à la culture forte se préserve de ses grands voisins tout en accueillant l’étranger en bonne famille.

FC