Chroniques

par gilles charlassier

Le cantatrici villane | Les cantatrices contadines
dramma giocoso de Valentino Fioravanti

Bockenheimer Depot / Oper, Francfort
- 31 janvier 2016
rareté absolue de Valentino Fioravanti à l'Opéra de Francfort !
© barbara aumüller

Longtemps éclipsé, à l'exception de très rares noms, par une postérité à l'esthétique divergente, le répertoire napolitain contemporain du classicisme viennois connaît un récent regain d'intérêt dont témoigne la production francfortoise de l'ouvrage par lequel Valentino Fioravanti (1764-1837) a, en son temps, connu la gloire.

Le cantatrici villane (livret de Giuseppe Palomba, 1799) se présente comme une comédie légère au parfum de pastiche prononcé, où se mêlent intrigues amoureuses et ambitions lyriques. Le maître de chapelle Don Bucefalo, promettant carrière même aux novices, respire parfois les fragrances d'un Don Juan en quête de la veuve idéale, rôle que Rosa s'empresse d'endosser sous les yeux de son mari dissimulé par un déguisement – et la partition se souvient plus d'une fois de l'opus mozartien, à côté de quelque citation explicite de Gluck pour les besoins de l'argument. Les péripéties n'oublient pas les épisodes momentanément plus dramatiques, à l'instar des hallucinations de Bucefalo aux allures de cauchemar à la fin de la première partie. Bien entendu, l'époux légitime finira par se dévoiler et les contrats matrimoniaux retrouveront leur ordre initial, sur fond d’aérienne légèreté consolatrice.

Pour la présente exhumation, assaisonnée de quelques clins d'œil, sise dans la seconde maison de l'Opéra de Francfort, le Bockenheimer Depot – où nous avions applaudi Der goldene Drache de Péter Eötvös [lire notre chronique du 4 juillet 2014] –, la mise en scène de Caterina Panti Liberovici privilégie, en complicité avec le dispositif signé Sergio Mariotti, la sobriété du noir sur lequel se détachent quelques praticables mobiles et changements à vue pour souligner les artifices régissant le drame, appuyés par les lumières de Jan Hartmann. Il n'est pas jusqu'aux costumes et perruques, dessinés par Caterina Botticelli, qui ne participent de ce jeu de masques, à l'occasionnelle efficacité zygomatique à laquelle le public ne manque pas de répondre.

Comme cela s'avère désormais l'usage, les exhumations de cet ordre sont généralement confiées à des chanteurs d'Opéra Studio. La production hessoise n'y déroge point, avec trois solistes puisés dans l'académie locale. En Rosa, Jessica Strong fait valoir un matériau à l'intérêt peut-être supérieur au charme, et aux ressources dramatiques prometteuses. Thomas Faulkner ne néglige pas la tessiture grave de Don Marco, qui fait sans doute office d'exercice probatoire dont les fruits mûriront dans les années à venir. Quant à la Nunziella de Katharina Ruckgaber, elle affirme une fraîcheur appréciable.

Le reste du plateau ne démérite aucunement, à commencer par l'essentiel Don Bucefalo de Björn Bürger [lire notre chronique du 5 juillet 2014] au potentiel séducteur évident, en synchronie avec son rôle (et qu'il a déjà rôdé en Don Giovanni à Oslo). Ancien membre du Studio et désormais dans la troupe, Michael Porter déploie l'éclat de Carlino, sans céder sur les tourments qui l'agitent. Mentionnons encore l'Agata de Karen Vuong, la Giannetta de Maren Favela, remarquée à Paris cet automne [lire notre chronique du 20 octobre 2015], ainsi que la direction enlevée de Karsten Januschke, au pupitre du Frankfurter Opern und Museumorchester.

GC