Chroniques

par katy oberlé

Georg Friedrich Händel
Concerti pour orgue Op.4 et Op.7

1 coffret 2 CD Alpha (2021)
742
treize concerti pour orgue de Georg Friedrich Händel, chez Alpha Classics...

À force de courir le vaste monde de théâtres en théâtres, à force de courir le vaste monde de basiliques en auditoriums, on en oublierait presque que le Caro Sassone n’a pas écrit que de la musique vocale ! Père du grand oratorio anglais, à la fin de sa vie, avec une contribution de vingt-six opus dont certains plus connus que d’autres, Georg Friedrich Händel est aussi l’auteur de trois hymnes, de cinq Te Deum, de trois odes, d’une vingtaine de concerts vocaux spirituels, de vingt-quatre Anthems et de quatre-vingts cantates, nettement moins jouées – voilà pour la musique sacrée. À la scène, il a livré deux pastorales et quarante-deux opéras qui offrent à la verve baroqueuse un répertoire passionnant. Händel est pourtant un compositeur pour l’instrument. Il a laissé des trésors dont la Music for the royal fireworks et la Water music ne lassent pas de charmer les mélomanes de tous les pays. Outre ces célèbres suites, il faut encore compter beaucoup de sonates en trio et d’innombrables recueils pour le clavecin, sans oublier dix-huit concerti grossi. Il a également écrit vingt-quatre concerti pour divers solistes, dont treize pour l’orgue ; douze d’entre eux sont réunis en deux opus de six, tandis que le treizième, Le coucou et le rossignol, est isolé.

La maîtrise orchestrale comme la mariage d’amour entre le goût et la virtuosité dans l’écriture des parties d’orgue évoquent toujours un climat d’opéra. Sans doute le maître n’a-t-il pas hésité à emprunter pour la scène des passages de certains mouvements concertants et n’a-t-il pas manqué de recycler au concert des airs lyriques dont il savaient qu’ils assureraient un succès renouvelé. Le bonheur de la musique d’Händel consiste en un assemblage précieux de lumière, de bonheur et de drame, ainsi que de passion, voire de folie, qui contrastent avec les moments aux affects plus distanciés. Et c’est exactement ce qui se produit lorsqu’on écoute l’intégrale enregistrée au Musikverein de Vienne, en janvier 2021, par l’organiste autrichien Jeremy Joseph, titulaire de l’orge de la Wiener Hofburgkapelle, et son mentor Martin Haselböck – ce dernier fut son professeur à la Musikhochschule Lübeck –, par ailleurs au pupitre du prestigieux Orchester Wiener Akademie.

S’il reste rare dans l’Hexagone où le public occitan put l’applaudir lors de son apparition au festival Toulouse Les Orgues, Jeremy Joseph joue dans la plupart des hauts lieux de musiques européens, qu’il s’agisse des salles viennoises, des Gewandhaus Leipzig et Konzerthaus Berlin, ou encore lors des festivals réputés comme les Hildebrandt-Tage de Naumburg, l’Internationale Orgelwoche de Nuremberg, les Silbermann-Tage de Freiberg et le Schleswig-Holstein Musik Festival. Outre cette carrière de concertiste, l’artiste, qui enseigne depuis cinq ans à l’Universität für Musik und darstellende Kunst de Vienne, est un continuiste reconnu qui s’exprime au sein du Balthasar-Neumann-Ensemble, du Freiburger Barockorchester, du Kammerorchester Basel et de la formation ici présente. Hors du continent, il s’est produit en Argentine, au Brésil, en Chine, en Corée, aux États-Unis, au Mexique et en Russie. En 1999, il remportait le prix de l’Internationaler Gottfried-Silbermann-Orgelwettbewerb. À Jeremy Joseph reviennent les six concerti de l’Opus 4, conçus en 1735 et 1736, ainsi que le Capriccio Cucu (The cuckoo and the nightingale) de 1739, Concerto en fa majeur HWV 295.

Quant à l’excellent Martin Haselböck, organiste, chef et même compositeur, on ne le présente plus [lire nos critiques de La comédie infernale et de Variations de Giacomo] ! Il s’empare du second cahier, les six concerti formant l’Opus 7, composés entre 1740 et 1751, avec une maestria qui suscite l’admiration – les improvisations réalisées dans le Concerto en si bémol majeur HWV 306, par exemple, sont un délice. Dans ce coffret de deux CD publié par Alpha Classics, on apprécie le relief toujours gracieux de l’Orchester Wiener Akademie, dans des traits soignés. Un document indispensable à tout händélien qui se respecte !

KO