Chroniques

par bertrand bolognesi

Robert Pierron
Mahler – Symphonie n°5

1 livre-disque ONBA Live / Actes Sud (2015) 46 pages
ISBN 3149028052329
Robert Pierson présente la Symphonie n°5 de Mahler jouée par Paul Daniel

Après un premier volume consacré le printemps dernier à Richard Wagner, dans le prolongement du bicentenaire du compositeur en 2013, de Siegfried donné en version de concert au pays des grands crus quelques semaines plus tôt et en amont des récentes représentations de Tristan und Isolde au bel auditorium de sa cité [lire notre chronique du 26 mars 2015], l’Orchestre National Bordeaux Aquitaine et son nouveau « patron » Paul Daniel se penchent sur la musique de Gustav Mahler, pour ce deuxième tome de leur collection ONBA Live éditée par Actes-Sud. Enregistrée in loco en octobre 2014, la présente gravure contient la Symphonie en ut # mineur n°5 que présente le livre au fil d’articles brefs, signés Robert Pierron.

Après un rappel de la mission qu’il se donne par cette collection, Thierry Fouquet, actuel directeur général de l’Opéra national de Bordeaux, laisse la parole à un premier texte qui offre des éléments de contextualisation, renseignant le lecteur sur l’époque de l’œuvre, sur Vienne au début du XXe siècle, évoquant, via la vaste bible d’Henry-Louis de La Grange – Vienne, une histoire musicale (Fayard, 1995) et Gustav Mahler (Fayard, 1979-1984) –, la naissance de la modernité dans les arts et chez les penseurs, ainsi que l’histoire conjugale contrariée du musicien (qui d’ailleurs le conduirait à rencontrer Sigmund Freud). Après ce 1902, Mahler à l’aube du XXe siècle, une seconde contribution engage Pierron dans l’analyse de la symphonie, mouvement par mouvement, en regard des quatre précédentes, des pratiques des contemporains du Viennois mais encore des aléas d’une vie privée tourmentée.

Cette mise en bouche s’agrémente de quelques épices bien venues : photographies de la villa de Maiernigg, au bord du Wörthersee, et de la « cabane à composer » (Komponierhäuschen) où fut écrite la Cinquième et bien d’autres pages d’importance, portraits et caricatures de Mahler, image de la belle Alma en mère avisée, regard aigu, présence intelligente qui fascine d’emblée. Mise en page fort aérée et confrontation dynamique de l’ébène à la mandarine, cette parution s’achève par la signature du maître (après la biographie des artistes), invitant à l’écoute puisque la galette à en faire le sujet se love dans l’ultime écrin de papier.

À l’inverse de nombre de nos formations régionales, l’ONBA investit courageusement un monument du répertoire, plutôt que d’explorer un opus méconnu pour emporter les suffrages par l’enthousiasme de la découverte – initiative ô combien louable, d’ailleurs, qui nous vaut bien des trésors sans elle encore au purgatoire de la postérité. Les instrumentistes bordelais relèvent le gant par cette version qui supporte aisément les comparaisons. Une âpreté un rien sèche semble sa principale caractéristique, rudesse de l’expression de la tragédie intime, paradoxalement pudique et cassante dans les débordements du créateur, soudain contrecarrée par la tendresse toute chambriste du quatrième mouvement, fameux Adagietto qui, ici, n’est certes pas de cinémascope : Paul Daniel jamais ne l’étire, trouvant plus sûrement l’intention dans l’extrême finesse de la nuance que dans une pamoison sentimentalo-kitsch. Après quoi, le Rondo et son délicat recran fugato n’en paraissent que plus heureux !

BB