Chroniques

par michèle tosi

bel anniversaire, Gilbert Amy !
Emmanuelle Bertrand, Orchestre Ose!, Daniel Kawka

Chœurs et Solistes de Lyon, Chœur Britten, Jeune Chœur Symphonique
Festival Berlioz / Château Louis XI, La Côte-Saint-André
- 29 août 2016
À la tête de l'Orchestre Ose!, Daniel Kawka joue Wagner, Dutilleux et Amy
© william blake | tiriel supporting miratana

Compositeur, chef d'orchestre et directeur du CNSM de Lyon de 1984 à 2000, Gilbert Amy souffle quatre-vingt bougies, en ce 29 août, à La Côte-Saint-André où le concert du soir affiche ses Choros pour trois solistes, chœur et orchestre – une pièce commandée par le Festival Berlioz et donnée en création mondiale à Lyon en 1989. Daniel Kawka est à la tête de la phalange orchestrale Ose! qu'il a fondée en 2013, un projet défendant « des notions d'audace et de création », lit-on dans la notice de programme.

Si ne convainc pas pleinement le Prélude de Lohengrin, joué dans une acoustique de semi plein-air peu favorable à l’alchimie sonore de Wagner, le concerto pour violoncelle Tout un monde lointain (1970) d'Henri Dutilleux, invitant en soliste Emmanuelle Bertrand, nous ravit, l'orchestre et la violoncelliste donnant la pleine envergure de ce chef-d'œuvre écrit pour l'ami Rostropovitch. On ne s'étonnera pas de voir apparaître la figure de Baudelaire dans cette édition 2016 du festival, sous-titrée Les fleurs du mal ou Berlioz au bal des sorcières ! Si le héros de la Fantastique n'est pas convoqué, l'auteur des Fleurs du Mal est au cœur de l'inspiration de Dutilleux, à travers le titre de (extrait du poème La chevelure) et les citations que le compositeur a placées en tête des cinq mouvements. Soucieux des problèmes d'équilibre qu'engendre inévitablement la tessiture du violoncelle face à l'orchestre, Dutilleux tisse autour de l'instrument souverain un habillage sonore aussi somptueux que délicat qui en constitue à la fois l'écrin et l'aura résonnante. Soliste accomplie et fine musicienne, Emmanuelle Bertrand met en valeur la flexibilité des lignes et la richesse de sa palette sonore tout en restant constamment à l'écoute d'un orchestre qui lui fait bien souvent écho. La méditation tendue des mouvements lents (Regard et Miroir), où le compositeur laisse s'éployer dans tout le registre la mélodie soliste, est un instant d'émotion indicible sous cet archet sobre et lyrique. Réactif et la percussion active, quoiqu'un rien tapageuse parfois, l’orchestre donne au finale très délicat (Hymne) son profil incisif, joueur et quasi obsessionnel. Emmanuelle Bertrand y dispense énergie du geste et projection sonore mais minimise, à notre grand regret, l'effet génial de toupie sur lequel Dutilleux choisit de terminer son concerto.

Les visions hallucinées du poète anglais William Blake rejoignent elles aussi le monde fantastique, sorcières ou pas. On lit dans le programme que Choros s'élabore sur le poème narratif Tiriel de Blake, qui décrit « une sorte de roi Lear errant et fulminant, son épouse mourante, ses fils et ses filles qu'il ne cesse de maudire ». L'argument shakespearien aurait certes enflammé l'imaginaire de Berlioz comme il a porté celui de Gilbert Amy. L'œuvre puissante et toute en aspérités débute par une fanfare de cuivres du plus bel effet, trompettes et cors étant dispersés dans le public. Superbement préparé, le chœur, entre murmures et clameurs, et les trois solistes (vaillants Olivier Coiffet, Jean-Baptiste Dumora et Benjamin Lunetta) aux lignes imprécatives, entretiennent une atmosphère tendue et énigmatique. La longue plage centrale au lyrisme éperdu, confiée aux seuls violons dans le registre aigu, met au défi les instrumentistes sous le geste investi et éloquent de Daniel Kawka. Des vents très sollicités et une percussion musclée confèrent la puissance de cette scène à haut voltage dont nous manque cruellement la compréhension des paroles.

MT