Chroniques

par gérard corneloup

Cendrillon
opéra de Jules Massenet

Opéra-Théâtre de Saint-Étienne
- 25 octobre 2012
Cendrillon de Massenet présenté par l'Opéra-Théâtre de Saint-Étienne
© cyrille cauvet | opéra-théâtre de st-étienne

Cendrillon ! Ce sont plus de deux cents versions recensées de par le monde, en particulier dans la version basique de Charles Perrault, sans parler de celle des frères Grimm. Un conte charmant, juvénile, ludique, tout prêt à servir de livret à quelque opéra ou, mieux, opéra-comique, pour un spectacle sans problème aucun. Il est vrai que dans le seul domaine lyrique, on a le choix entre la version oubliée de Jean-Louis Laruette (1759), celle bondissante de Rossini (1817), celle « américanisée » de Rodgers (1957) et celle, considérée avant tout comme charmeuse, du Pape de l’opéra-romance, Massenet, Jules de son prénom (1899). C’est justement sur ladite adaptation, finalement assez peu jouée de nos jours, que l’Opéra de Saint-Étienne a porté son choix pour ouvrir la onzième édition de sa Biennale Massenet (consacrée à l’enfant du pays, disparu il y a juste un siècle).

On peut également lire ce conte d’une autre façon, depuis les travaux du psychanalyste et pédagogue américain Bruno Bettelheim, auteur de la fameuse Psychanalyse des contes de fées (1976), essai dans lequel se retrouvent la peur de l’âge adulte pour l’enfant, la crainte de la marâtre, l’attente du « prince charmant », le poids des carences affectives, pour ne pas parler du symbolisme de la chaussure.

Metteur en scène et comédien lui-même, Benjamin Lazar s’est visiblement plongé dans cet univers, pour narrer sa Cendrillon. Un travail riche, suivi, bien mené, bien conduit, qui n’obère en rien les critères aussi élégants que bienséants du librettiste de service, Henri Cain, pour sa part lecteur et relecteur de Perrault. Face à un père aimant qui ne porte visiblement pas le pantalon à la maison, négligée pour ne pas dire méprisée par une marâtre, du genre adjudant-chef, qui met la pression sur toute la famille, même ses deux filles soumises, la gamine Cendrillon tente de vivre sa vie et de résister aux courtisans comme à la vie de cour. Elle peut compter avec une bonne fée, réelle ou imaginaire, qui va lui faire trouver l’homme de sa vie… du moins dans l’instant.

Tout cela fonctionne particulièrement bien dans les sobres et judicieux décors d’Adeline Caron, sous les éclairages bien dosés de Christophe Naillet et avec l’apport décisif mais non point écrasant des effets spéciaux conçus par Thierry Collet ; ajoutons les délicieux costumes, associant kitch et finesse, imaginés par Alain Blanchot. Dernier atout : l’excellente et habile chorégraphie qui fait passer les longs (et musicalement fort conventionnels) épisodes dansés.

La composante musicale, justement, est (presque) tout aussi bien servie. D’abord par la direction fine et aérée, attentive et vivante, développée par Laurent Touche à la tête de l’Orchestre symphonique de Saint-Étienne. Ensuite par la cohésion, la présence scénique excellente et la musicalité vaillante du Chœur maison. Enfin par la belle eau et l’adéquation (quasiment) totale de la distribution choisie, fort à l’aise dans ce répertoire, des petits jeunes aux grands anciens. Au premier rang de ces derniers, on placera le contralto Ewa Podleś, toujours en grande forme vocale, de surcroît éblouissante dans le rôle de la méchante et insupportable Madame de la Haltière (la marâtre). De même, le grand style et la ductilité de l’émission du baryton Laurent Alvaro servent au mieux le personnage de Pandolfe (le père). De son côté, Mélanie Boisvert se joue à merveille des escapades vocales associées au rôle de la Fée, Caroline Mutel et Caroline Champy-Tursin sont des sœurs très à l’aise, tandis que Marie Lenormand campe un Prince charmant manquant tout de même de virilité (et pour cause : il s’agit d’un rôle travesti !), mais vocalement très convaincant. Il est dommage que, dans le rôle éponyme, Judith Gautier reste en-deçà de cet aréopage, avec une voix qui manque de couleur et un chant en peine d’ampleur et de ductilité.

GC